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L’illusion de notre monde

shapeimage_2-4Les expérimentations du physicien Rutherford ont d’abord montré que les atomes, au lieu d’être durs et indestructibles, se composent de vastes étendues d’espace dans lesquelles des particules extrêmement petites se meuvent.

Puis, la théorie quantique fit apparaître clairement que même ces particules n’ont rien à voir avec les objets solides de la physique classique. Les unités subatomiques de la matière sont des unités très abstraites qui ont un double aspect. Selon la manière dont nous les observons, elles apparaissent tantôt comme des particules et tantôt comme des ondes.

Cette propriété de la matière est très étrange. Il paraît impossible d’accepter le fait que quelque chose soit à la fois une particule, c’est-à-dire une entité contenue dans un très petit volume, et une onde dispersée sur une vaste région de l’espace. Il a fallu longtemps aux physiciens pour accepter le fait que la matière est constituée de particules qui sont également des ondes (formes immatérielles), et d’ondes qui sont également des particules. C’est dans les détails les plus fins et les plus étonnants sur la matière physique, obtenus aux cours d’expériences dans les accélérateurs de particules, que la science s’approchera le plus de l’idée du concept de Ki.

L’apparente contradiction entre l’image de la particule et celle de l’onde fut résolue d’une manière totalement inattendue qui remit en question la notion de réalité de la matière. En effet, les chercheurs découvrirent qu’au niveau subatomique, la matière n’existe pas avec certitude à des places définies, mais manifeste plutôt une « tendance à exister ». Les ondes associées aux particules ne sont donc pas des ondes tridimensionnelles « réelles », à la différence des ondes aquatiques ou sonores, mais des ondes de probabilités, quantités mathématiques abstraites relatives aux chances de découvrir des particules en des lieux divers et dotées de diverses propriétés. Cela peut sembler une idée étrange, mais tout autre façon de comprendre le monde de l’infiniment petit entre en contradiction avec les résultats des expérimentations.

Les adeptes du Zen considèrent la vie telle une illusion parfaite. Cela ne parait-il pas vraisemblable du point de vue scientifique lorsqu’on affirme que la matière est constituée de particules infiniment petites qui manifeste une tendance à exister…?

Nous savons que les ondes radio, les ondes lumineuses ou les rayons X sont toutes des ondes électromagnétiques, électricité oscillatoire et champs magnétiques différant seulement par la fréquence de leurs oscillations, et que la lumière visible est seulement une petite fraction du spectre électromagnétique. Il s’agit là de la théorie de l’électrodynamique. Cependant, à l’époque où les scientifiques établirent que la lumière n’était rien d’autre qu’un champ électromagnétique alternatif se propageant dans l’espace sous forme d’ondes, on tenta d’interpréter ces découvertes dans le cadre de la mécanique classique de Newton.

Dans la conception newtonienne, les forces étaient strictement liées aux corps sur lesquels elles agissaient. Mais maintenant, le concept de force a été remplacé par le concept beaucoup plus subtil de champ ayant sa propre réalité et pouvant être étudié sans référence aucune aux corps matériels. Ce fut Einstein qui, cinquante ans plus tard, affirma l’inexistence de l’éther et conclut que les champs électromagnétiques étaient des entités physiques qui pouvaient se propager à travers un espace vide, et pour lesquels on ne pouvait donner une explication mécanique.

Hermann Weyl écrit : « Selon la théorie du champ, une particule matérielle telle qu’un électron est simplement un petit domaine du champ électrique à l’intérieur duquel la force prend des valeurs extrêmement élevées, indiquant qu’une énergie relativement importante est concentrée dans un très petit espace. Un tel nœud d’énergie, qui n’est en aucune façon clairement délimité par rapport au reste du champ, se propage dans l’espace vide comme une onde aquatique traversant la surface d’un lac ; il n’existe pas de substance unique dont serait composé l’électron à tout moment. »

Fritjof Capra établit clairement le lien entre « champ » et « Ki » : « Dans la philosophie chinoise, cette notion de champ est non seulement implicite dans la notion de Tao, qui est un vide sans forme alors même qu’il engendre toutes les formes, mais également explicite dans le concept de Ki… Le mot Ki (Chi) signifie littéralement « gaz » ou « éther » et fut utilisé dans l’ancienne Chine afin de désigner le souffle vital ou l’énergie animant le cosmos. »

Les néo-confucéens développèrent une notion du Ki qui offre la plus frappante ressemblance avec le concept de champ quantique en physique moderne. Comme le champ quantique, le Ki est connu comme une forme de la matière ténue et imperceptible qui, présente à travers tout l’espace, se condense en objets matériels solides.

Selon les mots de Tchang Tsai : « Lorsque le Ki se condense, il devient manifeste, il a alors des formes. Lorsqu’il se disperse, il n’est plus visible et il n’a plus de formes. Au moment de sa condensation, est-il possible de dire qu’il est autre que temporaire ? Mais, au moment de sa dispersion, a-t-on le droit d’en déduire hâtivement qu’il est donc inexistant ? »

Ainsi, le Ki se condense et se disperse régulièrement, produisant toutes les formes matérielles qui, ultérieurement, se dissoudront dans le Cosmos.

Comme le dit Tchang Tsai : « Le Grand Vide ne peut qu’être composé de Ki ; ce Ki ne peut que se condenser pour former toutes choses ; et ces choses ne peuvent qu’être dispersées pour former à nouveau le Grand Vide.»

Jean-Rock Fortin