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Liberté

shapeimage_2-1Aucun humain n’a à ce jour définit le concept de liberté aussi bien que Khalil Gibran (1883-1931). Voici un extrait tiré de son célèbre ouvrage “Le Prophète” :

À la porte de votre cité, et au coin de votre feu, je vous ai vus vous prosterner et adorer votre propre liberté. Comme des esclaves qui s’humilient devant un tyran et qui le louent quoiqu’il les passe au fil de l’épée.

Oui, dans les jardins du temple et à l’ombre des murs de la forteresse, j’ai vu les plus libres d’entre vous porter leur liberté comme un joug et une paire de menottes.

Et mon cœur a saigné au dedans de moi ; car vous ne serez libres que lorsque le désir même de rechercher la liberté deviendra votre fardeau, et lorsque vous cesserez de parler de liberté comme d’un but et d’un accomplissement.

Vous serez libres en vérité non pas lorsque vos jours seront sans souci, ni vos nuits sans désir et sans peine, mais plutôt lorsque ces choses encadreront votre vie et que vous vous dresserez au dessus d’elles, nus et sans entrave.

Et comment surmonterez-vous les angoisses qui hantent vos jours et vos nuits, si vous ne pouvez briser les chaînes, qu’au début de votre perception, vous avez fixées au centre de votre esprit.

En vérité, ce que vous appelez liberté est la plus forte de ces chaînes, quoique ses maillons brillent dans le soleil et vous aveuglent.

Et que disperserez-vous pour être libres, sinon des fragments de votre propre moi ?

Si c’est une loi injuste que vous voulez abolir, cette loi, vous l’avez écrite de votre propre main sur votre propre front. Vous ne pourrez l’effacer en brûlant vos livres de droit, ni en lavant les fronts de vos juges, même si vous y versiez tout l’océan.

Car comment un tyran peut-il gouverner des hommes libres et fiers s’il n’existe pas de tyrannie dans leur propre liberté ni de honte dans leur propre fierté ?

Et si c’est une inquiétude que vous voulez chasser, celle-ci ne vous a pas été imposée : c’est vous qui l’avez choisie. Si c’est une crainte que vous voulez dissiper, cette crainte est dans votre propre cœur et non dans la main de celui que vous craignez.

En vérité, toutes choses se meuvent en vous dans une demi-étreinte constante, celles qui vous répugnent et celles que vous chérissez, celles que vous poursuivez et celles auxquelles vous voulez échapper.

Ces choses se meuvent en vous comme des lumières et des ombres entrelacées. Et lorsque l’ombre se dissipe et disparaît, la lumière qui s’attarde devient l’ombre d’une autre lumière.

Et ainsi, lorsque votre liberté perd ses entraves, elle devient elle-même l’entrave d’une plus grande liberté. »

Jean-Rock Fortin