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Arts martiaux et Ki

shapeimage_2-4Les arts durs (arts externes) comme le Karaté-do, le Judo ou le Tae Kwon Do utilisent évidemment le Ki. Il en est de même pour les arts souples (arts internes) comme l’Aïkido, le Kung-fu et le Taï-chi ; chi étant le concept chinois pour désigner le Ki japonais.

En occident, les arts durs cultivent souvent la tension physique du corps et la négativité en développant la compétition, l’esprit de combat et la domination au lieu de promouvoir la coopération, l’entraide et la compassion. Au fil du temps, l’enseignement a été orienté selon les désirs des élèves (les clients) et s’est éloigné de la vérité. Si les élèves ont des valeurs déficientes et que leurs professeurs les corroborent, alors comment pourrons-nous développer un processus de croissance et d’épanouissement durable pour les générations à venir ? Dans ces conditions, l’adepte devient de moins en moins efficace avec le temps, car son développement a toujours été physique, donc superficiel et illusoire.

Les secrets

Il fut une époque où les maîtres d’arts martiaux gardaient pour eux des « secrets ». De cette façon, le maître pouvait vaincre son éventuel successeur en cas de rébellion. Le successeur du maître (souvent le fils du maître par tradition) faisait de même pour les mêmes motifs, et ainsi de suite. Ainsi, les arts martiaux en général se sont dégradés au fil du temps au point de corrompre la technologie dont ils étaient issus. Beaucoup de gens ont tendance à croire qu’un art martial connu ou pratiqué depuis des centaines, voire des milliers d’années, est authentique. Bien entendu, c’est un critère erroné. Est-ce que la guerre est une bonne chose parce qu’on la pratique depuis la nuit des temps ? Bien sûr que non. Ce qui est « correct » ou « bien » de manière absolue l’a toujours été et le sera toujours.

Chido setsu

À l’époque du développement des premiers arts martiaux que nous connaissons aujourd’hui, la conception de l’Univers voulait que la terre fut plate (tendo setsu) plutôt que ronde (chido setsu). Cela a produit des arts martiaux basés sur la dépendance du sol. C’est pourquoi nous retrouvons encore aujourd’hui dans plusieurs formes d’arts martiaux, des positions larges, près du sol et d’allure surnaturelle, souvent inspirées de postures d’animaux. Bien que ces positions aient semblé tout indiquées à une époque, il peut être surprenant qu’elles soient encore pratiquées de nos jours.

Les arts martiaux doivent continuer de se développer en fonction des nouvelles connaissances acquises par l’homme à propos de l’Univers. Par ailleurs, la compréhension de nombreuses pratiques traditionnelles demeure parfois méconnue. Par exemple, nous avons tous vu des coups de pied de côté donnés à des hauteurs vertigineuses (Yoko tobi geri) dans des films d’action ou lors de démonstrations d’arts martiaux. Si nous nous replaçons maintenant dans le contexte de la création d’une telle technique, nous nous rendrons compte qu’elle servait à désarçonner un ennemi montant à cheval en terrain montagneux.

De nos jours, de nombreuses pratiques martiales sont devenues des sports de combat au lieu de continuer à être une source réelle de développement personnel et spirituel. Quoi qu’il en soit, il vaut la peine d’apprendre n’importe quel art martial, surtout s’il est bien enseigné, car ce sont des activités qui font vivre des expériences fascinantes. N’est-ce pas là une des bonnes raisons de vivre ?

Nous récoltons toujours ce que nous semons. Ainsi, en cultivant la compétition avec les autres, nous risquons de faire face à des rapports humains conflictuels. Par contre, en pratiquant un art véritable, c’est-à-dire un art de paix, nous bénéficierons infailliblement de rapports harmonieux, même durant la tempête. Ce qui est véritable peut être défini comme étant en harmonie avec l’Univers. Le subconscient imprégné de ces pratiques volontaires conditionne la réponse qui surgira en face d’un conflit potentiel ou réel.

Les étapes du processus d’élargissement de la conscience dans la pratique des arts martiaux sont :

1- l’apprentissage (par l’expérimentation),

2- le maintien des connaissances (par la pratique), et

3- le développement de soi (par l’application des connaissances dans la vie courante).

Tous ces éléments doivent être présents pour s’assurer d’une progression dans la pratique des arts martiaux (ou dans l’exercice de toute activité créatrice).

Le but de l’Aïkido avec Ki n’est pas d’apprendre des techniques, mais bien d’apprendre à coordonner son corps et son esprit dans des situations extrêmement difficiles, en l’occurrence dans des situations martiales. Les pratiquants de l’Aïkido avec Ki développent au fil du temps des habiletés remarquables. À ce propos, Senseï Koichi Tohei indique que : plus une personne maîtrise l’Aïkido, plus il lui est interdit d’utiliser la puissance du Ki contre les autres. L’éthique martiale de haut niveau permettra à l’Aïkidoïste d’éviter le conflit. C’est seulement en dernier recours, dans des situations extrêmes où la vie de personnes est réellement menacée que l’Aïkidoïste interviendra physiquement, car son but est de protéger et non de dominer.

Jean-Rock Fortin