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Les cercles dans les arts martiaux

shapeimage_2-5Pour maîtriser les mouvements de Ki et la coordination, les arts martiaux font appel aux « katas », qui sont des enchaînements de mouvements et de techniques. En Aïkido, les techniques enseignées aux débutants font appel à des mouvements très larges et très longs.

Ces « katas » ont pour but d’enseigner la diffusion et la compréhension des mouvements de Ki et sont appelées « grands cercles ». Ils sont essentiels à toute progression même si certains artistes martiaux doutent de leur efficacité. Par la suite, les cercles sont réduits progressivement de plus en plus. Les techniques des « petits cercles » paraissent alors surgir de nulle part, sans effort, harmonieuses et instantanées. Pour y arriver, l’apprentissage des grands cercles avec Ki est nécessaire. Par la suite, la maîtrise des petits cercles devient une seconde nature avec la pratique, car l’adepte a assimilé la compréhension des mouvements de Ki. Les petits cercles sont le Jutsu de l’Aïkido réservés aux pratiquants initiés, ceux qui ont en premier lieu maîtrisé leur mental et permis de ce fait l’expression de leur esprit.

Un art martial véritable rend l’adepte de plus en plus habile et efficace à mesure qu’il le pratique. Ainsi, en vieillissant, on devrait s’améliorer sans cesse au lieu de se heurter à des limites physiques. En ce sens, l’Aïkido pratiqué avec Ki, la peinture et la musique sont des arts véritables.

Par la pratique assidue d’une discipline martiale, un pratiquant développera graduellement une grande puissance au fil des années. Il pourrait exprimer cette puissance en dominant physiquement d’autres personnes, même en enlevant la vie, l’acte le plus sombre auquel puisse se livrer un être humain. Malgré sa puissance, il privilégie l’harmonie, la tolérance, la paix, le respect et l’amour pour toute chose. Il prend ainsi la responsabilité des capacités qu’il a développées. La puissance dont il dispose est réelle, mais son processus de développement lui a fait acquérir une éthique qui va de pair avec ses habiletés. À un stade élevé, cette puissance ne pourra servir contre l’humanité et la Société, car son développement est régi par la sagesse.

Le but de l’Aïkido avec Ki n’est pas d’apprendre des techniques, mais bien d’apprendre à coordonner son corps et son esprit dans des situations extrêmement difficiles, en l’occurrence dans des situations martiales. Les pratiquants de l’Aïkido avec Ki développent au fil du temps des habiletés remarquables. À ce propos, Senseï Koichi Tohei indique que : plus une personne maîtrise l’Aïkido, plus il lui est interdit d’utiliser la puissance du Ki contre les autres. L’éthique martiale de haut niveau permettra à l’Aïkidoïste d’éviter le conflit. C’est seulement en dernier recours, dans des situations extrêmes où la vie de personnes est réellement menacée que l’Aïkidoïste interviendra physiquement, car son but est de protéger et non de dominer.

« Il n’existe pas de conflit dans l’Univers absolu. Cependant, le monde relatif est conflictuel. Si nous coordonnons notre corps et notre esprit, ne faisons qu’un avec l’Univers et mettons en pratique les principes universels, d’autres emboîteront le pas avec joie. Ne croyez pas que notre monde relatif est une jungle dans laquelle nous devons nous battre pour survivre. La véritable voie du succès est la même que celle du principe de non-dissension, c’est-à-dire celle de la paix » (Koichi Tohei).

L’Aïkido avec Ki, (comme bien d’autres formes d’arts martiaux) est un art de création. Dans la pratique de l’art, nous n’utilisons pas la puissance du Ki pour nous livrer à des démonstrations parfois stériles de destruction de briques et autres pratiques ascétiques. Bien qu’impressionnantes en apparence, ces démonstrations ne montrent pas la vraie nature des arts martiaux.

Jean-Rock Fortin